Yvan Colonna mort : les mots de son agresseur face les enquêteurs dévoilés !

Franck Elong Abe, un Français né au Cameroun au parcours chaotique, purgeait une peine pour association de malfaiteurs terroristes à la prison d’Arles (Bouches-du-Rhône) lorsqu’il a agressé Yvan Colonna dans la salle de sport le 2 mars.

Yvan Colonna

Yvan Colonna, un Corse emprisonné pour le meurtre d’un préfet français Érignac, il m meurt à 61 ans dans un gymnase.

Rejet de l’idée d’un acte terroriste ! Je n’ai pas agi au nom d’un quelconque groupe sur Yvan Colonna, soyons clairs. J’ai agi seul, a-t-il déclaré d’emblée.

Il n’y a rien (en) relation avec une entreprise terroriste, j’ai vu Yvan Colonna et j’ai agi sans penser au reste.

Faisant référence aux magistrats devant lesquels il a été présenté, il a ajouté qu’il se moquait qu’ils fassent l’amalgame entre un acte de foi ou un acte de terrorisme.

colonna yvan

Vous êtes convaincu qu’il y a un mentor derrière avec des complices, sauf que je vous ai dit la vérité, je n’ai pas de mentor.

Dès le départ je vous ai expliqué que ce n’était pas réfléchi et que je n’étais pas dans le djihad.

Les raisons invoquées pour l’attaque

Yvan tenait des propos blasphématoires sur Dieu, a-t-il déclaré lors de sa première audition par les enquêteurs le 2 mars.

Yvan Colonna décès

Lorsqu’ils ont abordé le sujet de la religion, Yvan Colonna s’est fait le procureur de Dieu, a déclaré Franck Elong Abe. Il faisait des reproches à Dieu, il blasphémait, a-t-il ajouté, accusant l’homme condamné pour le meurtre du préfet Erignac d’avoir utilisé des mots injurieux cinq ou six fois au cours des huit derniers mois.

Je considère que Dieu a frappé Yvan Colonna à travers mes mains. Dieu a utilisé mes mains pour riposter à celui qui a blasphémé, a-t-il répété.

Il nie toute préméditation

La veille, avant l’attentat, je ne savais même pas que j’allais le faire.

Yvan Colonna arles

Cela m’est venu soudainement. J’appelle ça mektoub, le destin, quelque chose qu’on ne contrôle pas.

J’aurais attendu tout ce temps pour commettre un acte terroriste avec au moins 10 ans d’isolement, a-t-il demandé aux enquêteurs avant d’ajouter : Quelqu’un qui aurait prémédité un tel acte y aurait réfléchi.

J’étais dans un état d’esprit qui me permettait d’agir sur le moment.

Il a également précisé que normalement il ne devait pas y avoir de détenus dans la pièce et qu’au moment de l’agression, Yvan devait être au stade, assurant qu’il était surpris de le voir au gymnase, car le Corse travaillait à la prison comme assistant sportif dédié au terrain de sport extérieur.
Oui, j’ai dû improviser et oui, j’étais parti pour lui ôter la vie, a-t-il reconnu.

Yvan Colonna mort

La relation avec Yvan Colonna

Si on m’avait dit un jour que j’allais tuer Yvan Colonna, je ne l’aurais jamais cru. S’il y avait une personne que je ne voulais pas attaquer c’était bien lui, a-t-il déclaré, ajoutant : Avec lui, au moins, on pouvait partager certaines choses, notamment courir, jouer à la pétanque et aux échecs.
Deux jours avant l’attaque, il a dit quelque chose qui était encore offensant pour Dieu. Je n’aimais pas ça et je le lui ai dit. Il s’en est excusé.

Ils ont également eu des échanges sur d’autres sujets : J’étais contre le vaccin Covid et il était pour, a-t-il par exemple déclaré, ajoutant qu’il pouvait y avoir des sujets sur lesquels nous étions d’accord, comme Poutine, le président russe.

Yvan Colonna prison

Héros populaire du mouvement nationaliste corse, il a échappé à une longue chasse à l’homme mais a finalement été arrêté en 2003. Il est mort peu après avoir été brutalement agressé en prison.

PARIS : Yvan Colonna, un militant corse qui avait été condamné à la prison à vie pour le meurtre d’un haut fonctionnaire français et qui était devenu un symbole du mouvement nationaliste corse et des relations ambivalentes de l’île méditerranéenne avec la France continentale, est décédé lundi dans un hôpital de Marseille. Il avait 61 ans.

Ses avocats ont confirmé son décès dans un communiqué.

Yvan Colonna est mort trois semaines après avoir été étranglé et étouffé par un autre détenu dans une prison de France continentale, où il purgeait une peine de prison à vie pour le meurtre, en 1998, de Claude Érignac, un préfet nommé par le gouvernement en Corse.

L’attaque de la prison avait laissé Yvan Colonna dans le coma, ce qui avait suscité la colère de nombreux Corses et de violentes manifestations. La Corse est plus proche de l’Italie que de la France en termes de langue, de culture et de géographie, et elle abrite un mouvement nationaliste qui a pour la plupart renoncé à la violence mais reste profondément enraciné sur l’île.

Sa mort est une injustice et une tragédie qui marquera l’histoire contemporaine de la Corse et de son peuple, a déclaré mardi dans un communiqué Gilles Simeoni, l’ancien avocat de Yvan Colonna et le président du conseil exécutif qui supervise la Corse.

Yvan Colonna, qui a toujours clamé son innocence dans le meurtre de M. Érignac, a été recherché pour la première fois par la police française en 1999, après que des enquêteurs ont arrêté un groupe d’hommes soupçonnés d’être impliqués dans le meurtre. Plusieurs d’entre eux ont identifié M. Colonna comme le tireur, mais ils se sont ensuite rétractés, accusant la police d’avoir exercé des pressions sur eux.

Il a échappé à la capture et a pris la fuite. Une intense chasse à l’homme, qui s’est étendue jusqu’au Venezuela, s’est terminée quatre ans plus tard dans une ferme exiguë du sud de la Corse, où la police a finalement retrouvé M. Colonna, surnommé dans la presse française le berger de Cargèse, le nom de la ville natale de sa famille.

Ces années passées à se cacher dans les montagnes et le maquis de l’île ont fait de Yvan Colonna une figure légendaire de la Corse – une incarnation vivante des racines rurales et rudes de l’île et de sa résistance obstinée à l’État français.

Il est devenu une sorte de mythe pour le mouvement nationaliste, explique Thierry Dominici, spécialiste de la Corse à l’université de Bordeaux. Ce statut a grandi avec son arrestation et ses déclarations d’innocence.

Yvan Colonna a été reconnu coupable du meurtre de M. Érignac et condamné à perpétuité en 2007 par un tribunal de Paris. Cette condamnation a été confirmée en appel en 2009. Cette deuxième condamnation a ensuite été annulée pour des raisons de procédure, mais il a de nouveau été condamné à la perpétuité lors d’un dernier procès en 2011.

Une majorité de Corses ont été choqués lorsque M. Érignac, qui était le représentant de l’État français sur l’île, a été abattu d’une balle derrière la tête alors qu’il se rendait à un théâtre à Ajaccio, la plus grande ville de Corse. Des milliers de personnes ont défilé pour protester contre ce meurtre, qui est toujours considéré comme l’acte de violence anti-étatique le plus grave dans un conflit qui dure depuis des décennies sur l’île et qui a donné lieu à des centaines d’attentats à la bombe, de fusillades et d’arrestations, principalement après les années 1970.

Mais de nombreux Corses ont également estimé que l’État traitait injustement Yvan Colonna, ainsi que les autres prisonniers condamnés dans cette affaire, en les maintenant en prison sur le continent et en refusant de les transférer sur l’île, où ils seraient plus proches de leurs familles.

L’agression de Yvan Colonna, qui aurait été placé sous étroite surveillance dans une prison près de la ville d’Arles, dans le sud de la France, a aggravé ces critiques, même si le gouvernement a rapidement pris des mesures pour le transférer, ainsi que d’autres prisonniers, sur l’île.

Le 2 mars, il a été violemment attaqué par un autre détenu, un extrémiste islamiste connu qui avait été condamné pour terrorisme et avait déjà commis des actes de violence en prison. Le détenu, identifié par les autorités françaises comme étant Franck Elong Abé, 35 ans, a battu, étranglé et étouffé Yvan Colonna dans le gymnase de la prison.

M. Elong Abé a ensuite déclaré aux enquêteurs qu’il avait entendu M. Colonna tenir des propos blasphématoires. Les procureurs ont ouvert une enquête. Mais on ne sait toujours pas comment l’agression a pu durer près de dix minutes sans que les gardiens de la prison n’interviennent.

Les premières réactions en Corse à la mort de Yvan Colonna ont été calmes, avec de petits cortèges funéraires et des rassemblements autour de l’île.

Mais après avoir tenté de calmer les protestations ce mois-ci en évoquant la possibilité d’une autonomie de la Corse un sujet délicat dans une France fortement centralisée le gouvernement se prépare à de nouvelles manifestations et espère contenir une nouvelle flambée de violence nationaliste à quelques semaines de l’élection présidentielle française. L’un des principaux groupes nationalistes, le Front national de libération de la Corse, a déposé les armes en 2014 mais a émis de nouvelles menaces la semaine dernière après l’agression de M. Colonna.

Mardi, le président Emmanuel Macron a lancé un appel au calme et à la responsabilité.

Il y aura des conséquences, car nous ne pouvons pas laisser de tels actes être commis dans nos prisons, a-t-il déclaré à la radio France Bleu. Le gouvernement a ordonné une enquête interne pour identifier les éventuels manquements de l’administration pénitentiaire.

M. Dominici a déclaré que Yvan Colonna restait un symbole puissant pour la jeunesse corse politisée, qui a grandi après que le conflit se soit calmé, mais qui est toujours irritée par des problèmes comme le logement inabordable sur l’île une destination populaire pour les Français du continent et qui estime que les nationalistes actuellement au pouvoir n’ont pas fait grand-chose pour répondre aux appels à plus d’indépendance.

Il a suffi d’une étincelle pour les faire descendre dans la rue, et cette étincelle a été l’attaque contre Yvan Colonna, a déclaré M. Dominici.

Yvan Colonna est né le 7 avril 1960 à Ajaccio de Jean-Hugues Colonna, un professeur d’éducation physique qui est devenu plus tard un législateur socialiste, et de Cécile Riou, qui était également professeur d’éducation physique.

Yvan Colonna

Sa famille s’installe à Nice, sur la Côte d’Azur, lorsqu’il est adolescent, mais il revient en Corse en 1981 après avoir terminé ses études secondaires et son service militaire. Il s’installe à Cargèse, où il élève des moutons et devient un membre actif de certains des cercles militants les plus endurcis de Corse.

En 1997, après l’attentat à la bombe d’un commissariat de police en Corse du Sud et la brève prise d’otages de plusieurs officiers, les procureurs ont accusé Yvan Colonna d’avoir fait le guet lors de l’attaque et l’ont inculpé de participation à un complot terroriste.

Il a été condamné par contumace en 2001 pour son rôle dans cette affaire. Les balles utilisées dans l’assassinat de M. Érignac provenaient d’armes qui avaient été volées à des officiers en 1997 lors de l’attaque du commissariat de police.

Yvan Colonna laisse derrière lui sa femme, Stéphanie, et leur fils, ainsi qu’un fils d’une précédente relation.


Antoine Berrot

Ancien bordelais exilé à Marseille, je suis fasciné par l'univers du sport et des séries TV, surtout celle de Netflix France. Pigiste et rédacteur pour plusieurs magazines peoples, Antoine est de nature curieux et il adore partager son point de vue sur tous les sujets médiatiques.