X Alerte Ebola X : France, mode d’emploi ?

Ebola poursuit sa course infernale en Afrique de l’Ouest. Le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le 10 octobre, fait état de 4024 morts et 8 376 patients détectés. Le nombre de décès double toutes les trois semaines. Les organismes internationaux envisagent, un million de morts, au-delà de l’année 2014. Médias et scientifiques évoquent une « faille » des mesures de sécurité sanitaires sur le territoire espagnol et américain. En France, le syndicat national des professionnels infirmiers a dénoncé, lundi 13 octobre, l’«omerta» des pouvoirs publics. Officiellement, «aucun malade d’Ebola en France», selon la ministre de la Santé, Marisol Tourraine, le 11 octobre. 

 

« A Monrovia (Liberia), les infirmiers prient avant d'entamer leur journée de travail. » (Les Inrocks). Photo © Kiripi Katembo

«A Monrovia (Liberia), les infirmiers prient avant d’entamer leur journée de travail.» /Source: Les Inrocks. Photo © Kiripi Katembo

 

 

Dans les prochains mois, 50% à 60% des patients contaminés pourraient succomber au virus, notamment dans les pays les plus défavorisés. En France, le nombre de décès pourrait atteindre 15% à 20% des patients contaminés. La qualité des infrastructures médicales et les moyens mis à disposition du personnel soignant devrait considérablement limiter l’invasion du virus. Les spécialistes envisagent un ralentissement mondial potentiel de l’épidémie, en 2015.

 

Visiblement, personne ne semble détenir le « mode d’emploi » pour freiner Ebola. Et lorsque la « négligence » s’en mêle …

 

Les compagnies aériennes africaines vérifient le degré de température des passagers. La Maison Blanche passe une vitesse supérieure en matière de contrôles dans cinq aéroports, lieux d’atterrissages des passagers en provenance du Liberia, de Sierra Leone et de Guinée. Il s’agit des aéroports JFK (New York), Newark (New Jersey), Dulles (Washington), de même que les aéroports internationaux d’Atlanta et de Chicago.  L’Espagne et la France suivent le même chemin. Entre l’Afrique de l’Ouest, le Texas, et l’Espagne, le virus entame une mutation, développe une résistance. Il s’adapte à son environnement. 

«Il faut que cela soit clair pour tout le monde: Ce n’est plus une épidémie. C’est une catastrophe humanitaire (…). Je crains une tragédie inimaginable», a déclaré Peter Piot, chercheur d’origine belge ayant découvert le virus Ebola, en 1976, dans un interview accordée au Guardian. Hors du continent africain, les premières annonces officielles de contaminations et de décès, entament le début d’un voyage incertain.

Pronostic opaque, improbable. Côté Outre-Atlantique, le premier patient à avoir été diagnostiqué hors d’Afrique est mort, mercredi 8 octobre, à Dallas (Texas, USA), dans l’enceinte du Texas Health Presbyterian Hospital, lieu de son hospitalisation. Selon Le Monde, Thomas Eric Duncan, aurait été renvoyé chez lui, en premier lieu, avec un traitement antibiotiques. Plus inquiétant, «les autorités sanitaires américaines ont confirmé, dimanche, la première infection par Ebola contractée aux Etats-Unis, par une soignante d’un hôpital texan où le Libérien infecté est décédé, l’attribuant à une faille du protocole de protection», a informé Le Figaro, lundi 13 octobre.

Dans une interview accordée à Nice Matin, mercredi 8 octobre, le Docteur Eric Cua, infectiologue au centre hospitalier universitaire de Nice, confiait également sa surprise face au cas de contamination de l’aide soignante en Espagne, stabilisée dans un état grave, reconnue premier cas autochtone, c’est-à-dire contaminé sans s’être déplacé dans une zone géographique à risque. «Ce cas m’évoque un peu d’inquiétude et beaucoup de perplexité. Il y a eu probablement une faille (…). On doit absolument comprendre comment cette contamination s’est opérée», a-t-il insisté.

 

Photo : breizatao.com

Ebola, la peur de la contamination vue depuis Google: Cliquez ici Photo: breizatao.com

 

L’origine

Les chauves-souris

Les chauves-souris frugivores (Pteropodidae) pourraient être à l’origine de l’hébergement virus. Les premiers cas d’épidémies sont apparus dans les villages isolés d’Afrique centrale, à proximité de forêts tropicales, en 1976, «mais la récente flambée en Afrique de l’Ouest a touché de grands centres urbains aussi bien que des zones rurales», confirmait en juillet l’OMS. «La participation de la communauté est essentielle pour juguler les flambées. Pour être efficace, la lutte doit se fonder sur un ensemble d’interventions: prise en charge des cas, surveillance et recherche des contacts, services de laboratoire de qualité, inhumations sans risque et mobilisation sociale.»

 

La transmission

La loi du plus fort ? : Aucun profil ne s’avère plus faible qu’un autre face au virus. L’âge n’a pas d’importance. Un patient fatigué, un individu à l’état de santé fragile, reste toutefois plus exposé à une contamination. Attention aux projections oculaires, une zone sensible. Si vous êtes en contact avec une personne (potentiellement) contaminée, ne vous touchez pas le visage, ne touchez personne, désinfectez-vous les mains, appelez la ligne verte mise en place par le ministère de la Santé en téléphonant directement au 0800 13 00 00, ce numéro vert étant accessible 7j/7 de 9 heures à 21 heures. Si vous êtes malade et que vous pensez présenter les symptômes typiques d’une contamination, ne vous rendez pas chez votre médecin, ni à l’hôpital, appelez-le 15.

Adultes, enfants, personnes âgées, le corps humain sous toutes ses formes représente un terrain favorable au développement du virus. Il semblerait que le personnel médical soit le plus exposé à une éventuelle contamination, étant donné la phase d’apprentissage dans laquelle se trouve actuellement aussi bien le corps scientifique que l’épidémie. En effet, le traitement des déchets, des excréments, durant les soins apportés aux patients, autrement dit, tout ce qui sort d’un corps contaminé et qui doit être traité, reste à ce jour un problème pour les chercheurs.

Un patient guérit du virus peut encore transmettre Ebola par son sperme durant sept semaines, à compter d’une guérison avérée.

 

RIP Africa

RIP Africa (DR)

Pour lutter efficacement contre le virus, il est préférable qu’un patient contaminé soit pris en charge immédiatement. L’Afrique de l’Ouest franchit le cap des 4000 victimes par manque d’infrastructures sanitaires et médicales. Autre motif, loin d’être un coup du sort, le manque de réactivité des grandes organisations mondiales dès l’apparition de l’épidémie au sud de la Guinée. Un immobilisme ambiant dénoncé cet été par  la colère de MSF, et celle de la Banque Mondiale, à l’égard des grandes organisations planétaires. (Image: DR)

 

 

Les symptômes

«Tant qu’ils ne présentent pas de symptômes, les sujets humains ne sont pas contagieux. La fièvre traduit généralement un premier signe de contagion.»

«La durée d’incubation, c’est-à-dire le temps écoulé entre l’infection par le virus et l’apparition des premiers symptômes, varie de 2 à 21 jours», indique l’OMS. Parmi les symptômes : fatigue (fébrile à début brutal), fièvre, douleurs musculaires, maux de têtes, mal de gorge suivis de vomissements, de diarrhée, d’une éruption cutanée, de symptômes d’insuffisance rénale et hépatique, voire d’hémorragies internes et externes (par exemple, saignement des gencives, sang dans les selles). «Les analyses de laboratoire révèlent une baisse de la numération leucocytaire et plaquettaire, ainsi qu’une élévation des enzymes hépatiques», précise l’OMS.

 

Les traitements

«La réhydratation de soutien par voie orale ou intraveineuse et le traitement des symptômes spécifiques améliorent les taux de survie.» Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard (Paris).

Idéalement, le délai de prise en charge devrait être immédiat. Un facteur essentiel pour accroître ses chances de guérison. «Les patients atteints d’Ebola meurent surtout de déshydratation en raison des diarhées et des vomissements très importants», précise Yazdan Yazdanpanah analysant la situation dans les régions africaines les plus démunies. Contaminé, le patient doit être placé en zone médicale sécurisée, sous haute surveillance, dans une chambre à pression négative, c’est-à-dire en cellule d’isolement dans un espace où l’air ne peut pas sortir pas de la chambre.

«Tant que personnel soignant n’est pas en contact avec les excréments, aucun risque de contamination», confirme Yazdan Yazdanpanah. Déshydratation, infections, hémorragies, selon l’avis du corps médical français, l’Europe dispose de moyens techniques et scientifiques suffisants pour réagir face aux premiers symptômes du virus. Un traitement contre la grippe utilisé sur des rongeurs au Japon semble «bien toléré» – traitement jugé «efficace» par le Docteur Eric Cua, infectiologue – sur le modèle murin. D’autres traitements, pareillement utilisés chez l’animal, pas encore chez l’homme, devraient être maintenant testés sur les patients européens et américains contaminés.

Parmi les zones d’ombres scientifiques, selon le Docteur Eric Cua, la durée de la contagion après la guérison ou encore la découverte d’individus possédant d’éventuels «anticorps contre Ebola». L’unique laboratoire de l’Hexagone autorisé à manipuler le virus est installé à Lyon. Par ailleurs, onze hôpitaux publics et militaires français sont actuellement habilités à prendre en charge les patients touchés par Ebola.

 

 

Marion Calviera

#PAM (2014)

 

 

En savoir + 

Le ministère de la Santé communique-t-il en toute transparence ? Le syndicat national des professionnels infirmiers dénonce lundi l’«omerta» des pouvoirs publics sur Ebola. «Alors qu’elles sont en première ligne, en France les infirmières n’ont aucune information des autorités!», fustige le SNPI-CFE-CGC dans un communiqué. >> En lire plus sur Les Echos : «Ebola : un syndicat d’infirmiers dénonce «l’omerta» en France».

 

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