Regard: Cambodge par Boris Wilensky

Focus sur Blind and Deaf, émouvante série du photoreporter parisien Boris Wilensky réalisée à la Kampong Cham School au Cambodge, un établissement scolaire dédié aux enfants atteints de cécité ou malentendants.

 

Boris Wilensky - Photographe - Paris

«Au Cambodge, je me sens à ma place, beaucoup plus qu’ici…», Boris Wilensky.

 

Photographe artistique, portraitiste, photojournaliste et globe-trotter solitaire à la griffe contemporaine graphique, urbaine et lyrique, Boris Wilensky a rejoint la rédaction de People Act Magazine au printemps dernier pour nous faire partager son regard sur le monde.

 

«J’aime les photos qui racontent une histoire humaine»

 

Ses premières photos sont issues du Hip-Hop où il réalise des portraits et des photographies de scène pour Kool Shen, Oxmo Puccino, Kery James, IAM ou encore La Rumeur, un univers dans lequel il a grandit: «je n’ai jamais été dans un rapport de fan avec les rappeurs mais plutôt dans un rapport d’échange artistique et professionnel équilibré». Boris Wilensky a parcouru le monde pendant cinq années durant lesquelles il a décidé de visiter les lieux découverts dans des films à l’origine de ses premières  «claques visuelles», images éveillant l’appel de l’inconnu.

«On peut ramener quelque chose des voyages», explique-t-il. «J’aime cadrer, rechercher au travers de l’image. J’aime les gens, je suis curieux des rencontres. La vie est un voyage, la photo une musique, les gens me parlent. Un portrait, c’est quelque chose d’unique, la première chose que l’on voit chez quelqu’un c’est son visage. Les traits expriment les émotions et j’aime les photos qui racontent une histoire humaine. J’apprécie la prise de risque qui ramène des images du réel. J’ai un rapport affectif à mes photographies parce que j’ai passé un instant à découvrir quelqu’un.»

 

Cap sur Krousar Thmey, la plus importante organisation dédiée à l’éducation des enfants aveugles, sourds et malentendants, au Cambodge.

 

Blind, Kampong Cham School © Boris Wilensky

Blind, Kampong Cham School, Cambodge © Boris Wilensky

 

«Comment traverser cette époque dans un tunnel (…)? On se pose des questions déontologiques lorsqu’on photographie des enfants aveugles. Quelle distance trouver? Comment s’adresser à des gens qui ne voient pas l’objectif? Une expérience troublante, remuante, qui m’a beaucoup marqué à titre personnel.»

 

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«Deux mots riment avec bonheur: liberté et voyages»

 

Pour Blind and Death (Aveugle et sourd), Boris Wilensky se remémore un shooting émouvant, peu commun, étant donné la complexité de la situation. Comment capter avec amour et respect, sans voyeurisme, l’âme d’un enfant qui ne voit pas? Aux paysages, le portraitiste a toujours privilégié l’humain, «tel qu’il ne s’est jamais vu», même si le photojournaliste évoque ici une situation à la fois percutante et délicate: «une grosse expérience…(…)».

Notamment dans le cadre de la série Listen To My Eyes où Boris Wilensky creuse dans la palette des émotions humaines sur des visages croisés au détour des rencontres, histoire d’observer les réactions individuelles à la musique autour du monde. Kampong Cham, une expérience très instructive pour le photographe ravi d’un constat: «même si certains enfants n’entendaient pas la musique, j’étais heureux de découvrir qu’ils appréciaient la démarche». Boris Wilensky n’a pas d’autre réponse à la définition du bonheur que le fait de surfer sur la vague de la vie telle qu’elle se présente, «en essayant de ne pas se casser la figure ou de ne pas trop boire la tasse». Enfance heureuse, discrétion, humilité, l’homme, le portraitiste, s’interroge sur son bien-être au regard du destin de l’autre dans une jungle contemporaine.

 

 

«Ma plus grande peur serait de ne plus voir, je serai vraiment malheureux de ne plus voir en tant que photoreporter.»

 

«Dans les transports en communs, à Paris, par exemple, je me demande comment survivent les personnes qui n’ont pas la chance de voir. Comment traverser cette époque dans un tunnel? Quelles sont leurs options? Quand je les regarde, je ressens que les personnes atteintes de cécité ne sont pas toutes malheureuses, elles vivent. Ça ma touche beaucoup et je pense que chacun trouve son bonheur où il le veut. Si je ne pouvais plus voir ou ne plus entendre de musique, je serai malheureux car je ne pourrais plus ressentir, je crois que je serai mort…».

Le mouvement de l’image permet de capter les rêves, la photographie transforme la faiblesse en force pour l’artiste en quête d’instants éphémères, nés du mouvement permanent de la vie: «la rue, la foule, c’est la vie. Si on aime l’image il faut qu’elle soit partout, il faut que les gens sentent que l’on s’intéresse à eux. Il n’y a pas de recherche de vérité dans la photographie ou le photojournalisme, il y a juste un renvoi de la réalité telle qu’on la perçoit soi-même.»

 

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En savoir +

 

L’invité: Boris Wilensky, «Vortex Sensoriel»

Dialogue avec Boris Wilensky, en juin dernier, à l’occasion de la sortie de son premier ouvrage, Hurban Vortex, un conte photographique contemporain associant l’inspiration artistique à la réalité urbaine. Lire

 

 

 

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Marion Calviera

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