Coran : la guerre moderne …

Publié le 22 juillet 2015 –

Idéologues et théologiens musulmans dénoncent les enjeux d’une guerre sans limite et la grande réticence de certains religieux à envisager les textes islamiques sous une forme contemporaine. Nouvelle phase dans l’histoire du terrorisme mondialisé.

 

Source : image de propagande, EI.

En juin dernier, 1800 français étaient engagés dans la croisade syrienne, a indiqué Eric Ciotti (Les Républicains), député, président du département des Alpes-Maritimes. Photo : Burqas /Propagande (EI).

 

Pour le monde musulman, notamment le peuple Tunisien, «la réforme des textes islamiques incite à la criminalisation du salafisme», de même qu’aux actes d’une nature radicale.

 

Le monde fixe son regard vers l’Orient et les nations constatent, à l’unisson, une mise en valeur évidente d’un conflit au cœur de l’Islam, entre musulmans modérés — en faveur d’une réforme démocratique de la religion plus adaptée à la société contemporaine — et musulmans radicaux, diabolisant l’Islam spirituel avec un projet de société «séduisant» pour une partie de la jeunesse actuelle.

Contre une idéologie violente, autoritaire, penseurs, théologiens, philosophes, idéologues, et historiens, se rangent aux côtés de nombreux dirigeants du monde arabe et du monde occidental. Cette majorité préconise «d’assumer», «de remettre au goût du jour», une indéfectible lutte contre le «harcèlement religieux» et les attaques anti démocratiques à la chaine qui en découlent (Daesh frappe tous les trois mois, selon une observation d’un membre de la DGSI). Une résistance structurée sans toutefois se sentir «omnibulés» ni victimes d’une crise aiguë d’islamophobie, au constat des départs internationaux vers la Syrie.

 

Progression de Daesh en mai 2015. Source: Nouvel Observateur.

Progression de Daesh (2014-2015). Source: Nouvel Obs

 

Nouvelle guerre de trente ans

 

Jour sacré de prière, période de Ramadan, il existe dans les actions simultanées de Daesh «au nom d’Allah», vendredi 26 juin, en Isère (France), sur la plage de Sousse (Tunisie), ou encore au Koweït (Moyen-Orient), une dimension symbolique des conquêtes de l’Islam dans l’histoire, afin de «célébrer» le premier anniversaire du Califat, le 30 juin 2015.

Première victoire du prophète, conquête de la Mecque, tels sont les arguments coraniques de l’EI empruntés à la chronologie religieuse, pour détourner le symbole des grands combats de l’Islam. À la même période, durant la préparation des plus récents attentats (France, Tunisie), la police du gouvernement djihadistes a également procédé à la collecte de la redevance islamique, destinée à renforcer la puissance financière du Califat, en Syrie et en Irak. Une sombre commémoration plane depuis sur le monde libre, l’ombre d’une guerre de civilisation aux allures paradoxalement my(s)thiques et contemporaines.

Une fois de plus, cette année, la France et la Tunisie comptent parmi les cibles favorites d’un conflit initial, entre Chiites et Sunnites. En France, aujourd’hui, 90 mosquées définies comme des zones actives d’un danger potentiel (permanent) sont cataloguées «salafistes» avec une «intention de prosélytisme religieux», selon un rapport de la DGSI. Une vision radicale et totalitaire de l’Islam, prônant un discours de haine de la société, un repli identitaire, en profitant du système économique, géopolitique et social, en terre de conquête contre le monde occidental.

 

«La maladie de l’Islam»

 

«Pour les musulmans comme pour tous les hommes, la motivation profane finit par éliminer la motivation religieuse», Mohammed Arkoun, Le Coran, Éditions Garnier-Flammarion (1970).

 

D’après la préface de l’intellectuel Algérien, Mohammed Arkoun (1928-2010), dans l’édition du texte intégral Le Coran, en 1970, «l’impossibilité d’entrer dans l’univers coranique est fonction de la mutation mentale que subit l’humanité depuis l’avènement de l’âge industriel. Les musulmans eux-mêmes sont de plus en plus enfermés dans cette impossibilité, puisque eux aussi sont en proie aux ravages des idéologies — religions modernes — qui justifient tous les sacrifices en vue de la croissance économique».

Selon la chronologie officielle de l’histoire de l’Islam établie par ce dernier, des théologiens et des philosophes aux expertises reconnues, s’efforcent depuis le XXe Siècle de dépasser les  clivages et autres problématiques classiques pour parler du Dieu révélé, conformément aux exigences de l’intelligence contemporaine.

Toutefois, «un tel effort n’a jamais été tenté encore dans la pensée islamique», écrivait Mohammed Arkoun. Depuis la fin du XXe Siècle, le fait «coranique» se distingue de plus en plus du fait «islamique». Ainsi, l’Islam devient une somme de rites, d’institutions, de valeurs morales et culturelles, systématisées sous l’influence de forces socio-culturelles très complexes, selon l’approche suggérée dans la traduction française du Coran.

 

L’EI, autoproclamé Califat, ne survie que par ses victoires ponctuelles…

 

Cybercroisade + décapitations massives ou immolations (en temps réel) + cyberterrorisme + pétrole + extorsions + gaz + phosphate + ciment + agriculture + drogue (captagon) = Karma négatif à effet «grand spectacle» assuré + sacrilèges irréversibles

 

Depuis un an, les armées de faibles coalitions luttent contre l’émergence d’une nouvelle société opaque dans une région contrôlée par l’État islamique. Une domination discutable dans une zone géopolitique militaire particulièrement instable, où la barbarie stratégique entend exercer une pression constante sur les peuples, où la peur pourrait ensuite (utopiquement) régner en «Maître» sur le monde. Une stratégie, un enchainement d’actions, et une communication, misant sur une série de «chocs» médiatiques d’envergure planétaire.

Kurdes de Syrie, Arabie Saoudite, Turquie, populations civiles musulmanes, plus que jamais, les méthodes archaïques de l’EI embarrassent une partie du monde musulman. Une situation explosive, selon Mohamed Sifaoui, journaliste, écrivain et réalisateur franco-algérien installé en France. Le reporter explique cette triste situation par le manque d’avenir global de la jeunesse. Ainsi, pour soigner le mal, il préconise aux musulmans, en premier lieu, de «nommer le mal».

Le journaliste évoque le terrorisme comme «la maladie de l’Islam», dont la logique totalitaire de l’interprétation coranique, sert d’improbables méthodes de recrutements aux «terroristes qui se réclament de l’Islam», dont la principale intention consiste en «une instrumentalisation sauvage» de la faiblesse humaine, de la pauvreté, et de la Foi.

 

Daesh : image de propagande.

Daesh : image de propagande.

 

Après une relecture attentive du Coran et de l’Histoire de la civilisation, il parait indispensable de rappeler que l’éveil de l’Islam fut à la source d’un grand développement des sciences modernes. Le Coran se compose de textes sacrés d’essence prophétique divine, définissant le rôle du «guerrier» ou encore le sens profond de la «bravoure», parmi d’autres thèmes reliés à une certaine logique ésotérique universelle, et la mise en application d’un ensemble de rituels, à la fois stricts et précis.

Message d’espoir, rêves mystiques, Le Coran dévoile un enseignement basé sur un principe d’amour et de tolérance. Néanmoins, l’hermétisme viscéral de certains théologiens depuis le Moyen-Âge effraie la philosophie, provoquant, par ailleurs, une grande instabilité sociale ainsi qu’une interminable croisade au cœur de la population orientale, notamment parmi les chrétiens d’Orient — dont les armées régionales sont réputées plus faibles et surtout moins nombreuses.

«Des victoires faciles» sur des peuples sensibles, réduits à l’esclavage depuis les temps anciens. Aujourd’hui encore, il existe donc une faille réelle entre la nature du message coranique véhiculant, sans conteste, un appel à la tolérance envers les autres religions, et l’instrumentalisation de la pensée religieuse, manipulant sans sagesse ni vertu, les méandres de l’âme humaine, la peur du vide et du «Divin», au profit d’une multitude d’intérêts politico-économiques, enracinés dans une nouvelle forme d’(anti)matière. Ainsi, une multitude d’idéologues et de théologiens orientaux estiment que l’intention suprême du Califat n’a pas valeur de supériorité morale sur les autres religions.

 

M.C.

 

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