K21: Ombre et Lumière

Peu présent physiquement sur la scène électronique française, la musique de K21 n’a pourtant, depuis 1990, jamais quitté les bacs, ni les plateformes de téléchargement ou le paysage musical européen. En 2014, l’artiste revient avec un album numérique (9 titres) sur Mekanism Records, le label français co-dirigé par Flex & Flo, réputé pour sa qualité de programmation underground, catégorie Industrial Techno. Interview «R-évolution» autour d’un café étonnamment matinal. Reportage: Marion Calviera

 

 

Discret, observateur, solitaire, jamais très loin de sa fille, de sa femme, de son studio et de ses boucles sombres, Eric Michel aka K-21 compte parmi les premiers producteurs de musique Techno à avoir réalisé des performances ‘Live’ sur la Côte d’Azur. Autrement dit, une Techno concoctée «en temps réel». Photo: DR

Du label Labrynth à la compilation « Elevated Club » (Berlin 2013), discret, observateur, solitaire, jamais très loin de sa fille, de sa femme, de son studio et de ses boucles sombres depuis 1994, K21 compte parmi les pionniers de l’électro à avoir réalisé des performances ‘Live’ sur la Côte d’Azur. Autrement dit, une Techno concoctée «en temps réel». Photo: DR

 

Je viens du Rock. En règle générale, les « gratteux » aiment bien trafiquer le son

 

« En tant que musicien,  je me replie trop sur mon énergie. J’aime l’électro car c’est une musique qui me permet d’être tourné vers l’autre et de faire danser. J’adore l’énergie interactive du Dancefloor », explique K21, un café chaud dans chaque main. Direction l’antre de l’artiste, un studio d’enregistrement impeccablement organisé.

« J’ai étudié la musique dans les années 80 à l’école de Jazz de Nancy. Quand je suis revenu à Nice, j’avais la tête farcie de jazz mais j’ai découvert les TBE (Trance Body Express) qui comptent parmi les premières soirées Trance Goa, côté sud. Une révélation! J’ai immédiatement vendu mes instruments acoustiques et je suis passé aux machines pour ne jamais plus en revenir ». Des influences musicales, Eric (K21) en a peu, il préfère vivre son inspiration au quotidien mais il s’intéresse à des artistes qui lui tiennent à cœur comme Jc Laurent aka Dcibel, par exemple, « un artiste dynamique, plein d’énergie ».

L’oreille ingénieuse tendue vers des mondes improbables, les mains dans les câbles depuis 1994, si K21 est imprégné par différentes périodes musicales (Punk, Rock, Gothique, Industriel, Hard Techno, Drum’n’Bass), il est toutefois parvenu à maintenir ses principes artistiques intacts en produisant une musique sans concession. Fidèle à sa griffe, parfois obscure, lourde, et mécanique, le designer sonore a eu le temps de s’entrainer, comme tous les pionniers de l’electro à la fin des années 80, sur deux outils fondamentaux à la base de l’Acid House, une 303 et une TR-606 (Roland).

 

Une quête de l’inhumain…

La Techno vient du Punk. C’est une musique contre nature à cause du passage des boites à rythmes dans des distorsions

 

K21 a toujours été fasciné par le rendu « inhumain » des sons produits par la machine. « Si je maintiens une griffe répétitive, c’est parce que j’envisage l’électro comme une mécanique. Un peu comme des rouages », évoque l’artiste à l’affût systématique de la moindre sonorité urbaine, acide, cinglante, et singulière. Ici, chaque bruit importe car il peut donner un son, un effet, « quelque chose de musicalement exploitable ».

Rendre à la machine ce qui appartient à la machine, œil pour œil, dent pour dent, telle est l’inlassable quête de K21. « Le contact physique avec la machine est essentiel. J’aime la musique lorsqu’elle est instinctive. J’enregistre toujours mes productions dans les conditions d’un ‘live’ ». A la préparation, Eric préfère l’émotion, la spontanéité du geste, l’état de création: « Je ne regarde jamais en arrière… toujours en avant ». 

 

A en juger sa résistance et son adaptabilité artistique, K21 a résolument choisi de vivre avec son temps même si le producteur admet volontiers son affection particulière pour les labels Hard Tech, armés d’une déontologie à l’ancienne, où le jugement n’existe pas. Un univers sans a priori « dans un milieu où l’on perdure grâce à la curiosité, la tolérance, l’ouverture et le bouche à oreille », confie l’artiste, simplement.

 

L’air du temps…

Les nouvelles générations d’artistes n’explorent pas suffisamment les différentes possibilités liées à une sonorité

 

K21 Studio Photo- MC

FT sound, Ronflex, Not On Label, Graveyard, Courbes Elliptique, « Y », Anozer, Vortex, Swap ou Minority’s Records, nombreux sont les labels européens à réclamer les créations sonores de K21 dans les catégories Techno/Hardcore/Breakcore/Industrial/Ambient. Photo: M.C.

K21 le confirme, c’est indéniable, l’avènement de l’ordinateur personnel a bel et bien révolutionné les mondes électroniques. « Autrefois, s’équiper avec des instruments coûtait une fortune. Aujourd’hui, on peut faire de la bonne musique avec peu de moyens ».

Si la révolution de l’Internet a facilité le développement et l’envoi des productions numériques en un temps record, Eric déplore toutefois une certaine « standardisation » des méthodes de création, au fil des époques. « En 2013, les musiques électroniques sont stéréotypées. Les nouvelles générations d’artistes n’explorent pas suffisamment les différentes possibilités liées à une sonorité. Il restent dans une manipulation basique de l’équipement. Du coup, il ne savent pas qu’il existe autre chose en matière d’architecture sonore ». 

L’ordinateur, K21 « ne crache pas dessus » mais il l’utilise avec parcimonie. Machines, portables, logiciels de composition, l’artiste envisage les nouveaux outils de production dans une dynamique de complémentarité. « Actuellement, j’ai l’impression qu’une tendance Vintage refait surface avec le retour du vinyle et des « live » réalisés grâce à d’anciennes machines ». Une vision du passé jugée un peu trop « linéaire » par le producteur qui reproche parfois aux nouveaux artistes un certain manque de curiosité. Selon K21,  des logiciels comme Traktor engendrent plus « un besoin de reconnaissance publique lié à la jeunesse » qu’un besoin « pur » de création.

 

Eric Michel aka K21

En 2011, K21 signe Lo-Fi Lovers, une « incartade musicale » sur le label Anozer comprenant un remix de Ludovic Vendi. La version acapella de sa voix pour le morceau sera playlistée par Richie Hawtin. Photo: DR

▶ Ecouter les productions de K21  

 

 

Marion Calviera

© PAM 2013

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