Interview Urban Utopia: Eric Houdoyer, regard teinté clair-obscur

Le médecin et photographe urbain parisien Eric Houdoyer se confie sur sa vocation professionnelle, son récent parcours artistique international et la place de l’art dans son environnement quotidien. Obligation versus Création ? Rencontre. Par Marion Calviera

 

« La décision d’exposer est venue après la rencontre avec un professionnel de la photo. Son regard m’a fait prendre conscience que mes photos pouvaient sortir de l’intimité. » – People, Série Eclipse © Eric Houdoyer (Paris, France)

 

« Je ne veux pas être absorbé par l’environnement artistique », explique Docteur Eric Houdoyer, dès les premiers instants de l’entrevue. Il faut dire que la fascination du photographe pour une expression libre captée dans l’instant, « la sublimation de situations anodines », « sans influence », séduit les galeries et le public depuis quatre ans. « Je suis arrivé dans l’univers de la photo comme une page blanche ». Ses images remplissent peu à peu les murs des expos et les colonnes de la presse spécialisée. Photographie urbaine, photographie de rue, traqueur d’imperceptible, d’instantané, instants volés, indiscrétions, nombreux sont les qualitatifs qui définissent le travail d’Eric Houdoyer, généralement en termes élogieux. « Dans le clair-obscur, le silence est encore le meilleur interprète des âmes », avait déclaré au sujet de cette lumière naturelle occulte, mystique, le poète tchèque Paul Javor, au cours du 20e siècle.

 

 

Figer l’immortalité d’un mouvement

Il existe mille et une manières de traduire l’inspiration d’un chasseur d’images, mais en découvrant le travail d’Eric Houdoyer, on ne peut s’empêcher d’établir un lien avec l’œuvre — ici dépoétisée — de Robert Doisneau (1912-1994), sous un aspect contemporain, ou encore avec la dimension du peintre américain Edward Hopper (1882-1967), pour l’aspect cinématographique de l’image et le focus sur la mise en scène de moments ordinaires. Un monde en demi-teinte, lumière distante, douce, effacée, assez proche également de la « Planète Lynch ». Toutefois, le photographe parisien ne revendique aucune influence particulière. « Deux jours par semaine, depuis quelques années, la photographie laisse une place à mon imaginaire (…); une illumination (…) ». On dirait que le passé cherche sa place au présent dans un road trip industriel contemporain, en quête magique d’anonymat. « Nous n’avons pas de clair-obscur, et cela, c’est impensable. La volte-face est trop nette et la vie n’est jamais si tranchée. Il y a donc tricherie, à un endroit ou à un autre », écrivait en 2004 Fred Vargas, dans Sous les vents de Neptune. Réponse du photographe: « Photographier est avant tout l’instantané. L’image est le seul fruit de l’œil, de la lumière voire de l’environnement qui peut être source d’effets spéciaux mais pas de place pour la retouche a posteriori. »

Capter l’instant d’une dynamique

Une résonance avec l’âme du monde…? « Je ne suis pas dans la nécessité absolue de créer, je ne souhaite pas qu’un monde envahisse l’autre », explique Eric Houdoyer. Comment jongler entre deux espaces…? Le philosophe français des sciences, de la poésie et du temps, Gaston Bachelard (1884-1962), s’interrogeait également autour de cette question: « Le rêveur! ce double de notre être, ce clair-obscur de l’être pensant ». Tout est équilibre. Un champ d’activité ne doit pas empiéter sur l’autre. À cela, mon intervenant, homme de raison, répond simplement: « En tant que médecin, je ne crois pas au magique, je veille à ce qu’il n’y ait pas d’aller-retour entre l’univers de la médecine et le monde de la photographie. Médecine et photographie incarnent à mon sens deux univers très clos. Ma vocation première ? Médecin. Je suis passionné par mon métier et je tente de l’exercer au mieux (…) ». L’art est un champ qui s’est ouvert à Eric Houdoyer par petites touches. « Je n’étais pas initialement passionné par la photographie. C’est un peu comme si je trouvais une place pour le développement de mon imaginaire (…) ». Un espace qui se construit pas à pas, de l’objectif de rue à la galerie, de la galerie au collectionneur, de déclic en déclic. L’entretien d’un réseau amical et artistique international permet à Eric Houdoyer d’exposer au Japon. Eclipse a déjà fait l’objet d’une exposition à Kyoto et Maizuru, dans le cadre de l’International Shoebox Art Exhibition Tour 2016.

 

 

L’Homme et la Cité

« Prendre deux heures dès que la lumière se présente, et marcher… ». Le choix minimaliste de scènes anonymes, c’est pour vous vider l’esprit ? « Probablement, oui… ». Par le biais de la photographie, Eric Houdoyer entend « se vivre sous une forme plus complète », à petites doses.  Après la naissance d’Eclipse, « une série marquante » où « la lumière est le sujet », suivie de Graphic, le style s’affine alors pour tendre vers l’image expérimentale. « De moins en moins figuratif, plus géométrique, plus abstrait », chemin étudié par le photographe concernant sa recherche de sérénité au centre de la dynamique urbaine, histoire d’offrir « plus d’abstraction à la réalité ». Dans cette optique, Pose, troisième série de photos, relate un style plus contrasté, graphique et lumineux, permettant d’exprimer un instant de pause. « Mon travail est plus abstrait mais la lumière se pose toujours sur le sujet, objet principal de ma démarche ». Temps X, dialogue silencieux, indicible, vécu dans un espace neuf, où l’image dévoile d’autres mondes; où la photographie capte, matérialise, sous l’œil du photographe réceptif, une potentielle réponse sensorielle adressée aux questionnements intimes du médecin, ainsi qu’à son regard porté sur la Vie. Le corps et sa dynamique ne possèdent aujourd’hui que peu de secrets pour la science. Côté création, la question est abordée par Eric Houdoyer, à titre artistique, dans le but d’envisager les courbes organiques sous un nouvel angle. « Des scènes du quotidien, poussées vers l’abstraction ». Sublimer le banal. Déconnexion intime, volontaire, avec la vie extérieure pour une reconnexion, discrète et mystérieuse, à la vision intérieure de la nature humaine.#MC

 

 

Propos recueillis par Marion Calviera © People Act Magazine 2018
Photographies tous droits réservés © Eric Houdoyer (Paris, France)

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