Tatouage: « Les premiers chamans étaient des femmes tatouées »

 

Émancipation esthétique:
«Les premiers chamans étaient des femmes tatouées»

 

Info ou Fake News?

 

Photo © Benjamin Pothier - People Act Magazine 2018

Dialogue avec Benjamin Pothier, chercheur en Anthropologie Français, journaliste et réalisateur, rubrique « Science-Cosmologie » People Act Magazine. Photo © Benjamin Pothier / People Act Mag 2018

 

 

Dialogue entre coyotes

 

 

«Les premiers chamans étaient des femmes tatouées (sourire), je continue…?»

Benjamin Pothier

 

 

Dans la cadre de sa thèse Une étude interdisciplinaire d’un particularisme esthétique: «Le dédoublement de la représentation dans les arts de l’Asie et de l’Amérique» — dont le Directeur de Recherche n’est autre que le Professeur Roy Ascott — traitant notamment de l’existence des savoirs parmi les peuples indigènes, la découverte de la culture et de la philosophie en ce qui concerne la pratique du tatouage dans l’histoire de l’Homme à travers les âges incarne une partie intégrante de la recherche de Benjamin Pothier. En tant qu’étudiant, «Roy Ascott, artiste de l’art télématique, professeur associé au Département Art des Médias à l’École d’Art et d’Architecture de l’Université de Californie, à Los Angeles, est une figure de Maître». Premier volet d’une série de dialogues sur le thème Sciences versus Croyances: Info ou Fake News? en lien avec les récentes recherches et découvertes universitaires, à fleur de peau, qui enveloppent les mystères du chamanisme, ou encore l’influence des rituels du tatouage dans l’Histoire de la Civilisation. Cosmogonie versus Cosmologie, rencontre inclassable avec un chercheur au tempérament simultanément les pieds sur Terre et la tête dans les étoiles. Premier dialogue mis en forme par Marion Calviera

 

 

Sur cette photo: le mur de recherche dédié à la thèse « An interdisciplinary study of an aesthetic particularism: the “Split representation in the Art of Asia and America” » par Benjamin Pothier (Director of studies: Professor Roy Ascott) © Benjamin Pothier – People Act Magazine 2018

 

 

Premier dialogue

Body Art, Tatouage, Souffrance: des systèmes inscrits dans le corps…
«Les premières heures d’un tatouage, tu souffres. Tatouage, souffrance, les deux s’inscrivent dans le corps. Ensuite, par habitude et maîtrise de la douleur, vient le temps dans l’art du tatouage, où tu ne souffres plus.»

Benjamin Pothier

 

 

Parmi les champs de la recherche de Benjamin Pothier, l’origine du tatouage, ou encore le chamanisme, dans les parties Asie, Sibérie et Amérique. Tatouage = Rite spirituel archaïque, tribal, ancestral ou pure tradition esthétique? Mécanisme de défiance? D’identification? Comprendre, d’appartenance? Tatouage ésotérique ou tatouage tendance? Émancipation? Émanation de l’Individu? «Une prise de conscience de l’Être comme conséquence pour certaines ethnies, certains individus, probablement, parmi d’autres intentions… Tiens donc…?! (observation) Intéressant! Sais-tu que les premiers chamans étaient des femmes tatouées?», lance spontanément Benjamin à la découverte de mes mains tatouées d’après une symbolique particulière. «Je me suis d’ailleurs entretenu à ce propos avec Dr. Lars Krutak, anthropologiste Américain, photographe et auteur, célèbre pour ses recherches sur le passé culturel du tatouage», précise-t-il. Signe particulier de Lars Krutak, star de l’émission Tattoo Hunter, se fait tatouer de façon traditionnelle dans le monde entier. «Ça dégage un bon Ki…», conclut rapidement Benjamin, adepte de l’Aïkido, après avoir jeté un bref coup d’œil à mon bras gauche, sur le travail réalisé par un artiste-tatoueur Brésilien; un Carioca dont la grand-mère est d’origine Indigène.

 

 

 

 

Femmes-shamans

«Parmi les sources que je pourrais te citer, par exemple, Maria Czaplicka en 1914 dans son étude Aboriginal Siberia: A Study in Social Anthropology (Oxford: Clarendon Press). Elle avait remarqué côté langage Sibérien, qu’il existait plusieurs racines quant aux mots utilisés pour définir le shaman, au sens masculin du terme. En revanche, pour définir la femme-shaman, elle avait repéré que les mots exploités provenaient quasiment tous de la même racine. D’où le lien, une connexion avec la théorie que la pratique du chamanisme dans le temps aurait été établie, en premier lieu, par des femmes-shamans plutôt que par des hommes», reprend Benjamin, dans son costume de chercheur. Selon l’enquête de ce dernier menée à travers le Monde, «les premières femmes tatouées utilisaient la suie tirée du feu sur lequel on faisait bouillir des aliments, ou autres, dans des pots en terre. On ne peut pas dire précisément s’il s’agissait d’une occasion spéciale, d’un rituel, ou bien, plus simplement, d’un acte relevant de l’intention esthétique. Ces femmes utilisaient la suie — agrégat polluant de composés chimiques pour la plupart riches en carbone — afin de s’entailler la peau pour dessiner des formes basiques dans un geste conscient. En ce qui concerne le motif de l’acte, esthétique ou sacré, c’est plus flou…».

 

«Les corps étaient parfois tatoués en fonction de certains méridiens»

Il faut dire que Benjamin Pothier est un habitué des conditions extrêmes au cours de ses expéditions universitaires et professionnelles, n’hésitant pas à s’aventurer vers de longues missions, entre 5500 et 6000 mètres d’altitude, en compagnie de petits groupes ayant escaladé les sept sommets les plus hauts du Monde. Donc, au quotidien, ici bas, peu de choses l’étonnent; même si Tout le surprend encore. Présentations faites. Aujourd’hui, je n’ai pas droit aux éternelles questions Et pourquoi tout ça? Et ça c’est quoi?  Il sait déjà, en un regard, mes choix d’émancipation des critères esthétiques et spirituels occidentaux. Un climat de confiance s’installe spontanément. L’interview se déroule sur la base d’un langage commun, malgré nos différences. Entre ma fascination pour les recherches dans le domaine de la cosmogonie, et ses connaissances en lien avec la cosmologie, donc la science, le courant issu de notre complicité journalistique immédiate circule aisément. Benjamin poursuit son témoignage grâce aux données universitaires auxquelles il a accès pour sa thèse. «L’Histoire rapporte même, relativement aux études effectuées sur des momies, que les corps pouvaient parfois être tatoués en fonction de certains méridiens, voire sur des zones indiquant l’emplacement d’une maladie».

 

Et cela, Benjamin l’explique en observant le tracé du phénix égyptien encerclé de spirales recouvrant mon bras gauche.

 

«Les symboles représentent également une partie importante de ma recherche. À titre universitaire, je m’intéresse aux mutations géographiques de l’Homme dans l’Histoire, notamment la connaissance indigène, sibérienne, amérindienne, parmi d’autres, à travers les cités et les âges, afin d’en savoir plus sur ces ethnies. La somme, l’origine, de leur connaissance en cosmologie, ou bien leur rapport à la terre, à la nature, aux animaux, aux plantes. Je veux en découvrir plus sur les savoirs pluridisciplinaires indigènes développés dans des conditions extrêmes de survie, ne serait-ce que du fait de l’environnement géographique hostile initial, aussi bien qu’après de longues migrations.»

 

 

Tyrolean Iceman, Ötzi, momie tatouée conservée dans la glace, découverte en 1991, Schnal Valley glacier. Archaeological Museum of Bolzano, présentation officielle le 28 février 2011. Exposition de sa reconstruction. Photo © Andrea Solero/AFP/Getty Images

 

 

«Une forme primitive d’acupuncture»

Le chercheur en Anthropologie poursuit son analyse: «Ötzi, la momie tatouée, Tyrolean Iceman, est un spécimen humain Européen conservé dans la glace dont le corps remonte à 5000 ans. D’après l’étude scientifique, les marquages visibles à la surface de sa chair correspondraient à des signalements, un travail de guérison effectué autour des méridiens; une forme primaire de désignation des points d’acupuncture. On suppose, en vue d’une séance thérapeutique». Autrement dit, destinée à soulager la douleur. C’est ce qu’indique officiellement The South Tyrol Museum of Archaeology qui reconnaît Ötzi, pour l’heure, comme le seul Être tatoué que notre civilisation puisse avoir en exemple, au sujet de la vie et de la pratique du tatouage, en temps réel, dans les temps anciens. «D’après l’équipe en charge de l’analyse du corps, 61 tatouages ont été répertoriés sur Ötzi, dont la plupart représentent des lignes et des croix. La technique consistait en une série de petites incisions réalisées dans la peau sur lesquelles on frottait du charbon pour laisser une empreinte, une trace…», ajoute Benjamin Pothier, avant de se resservir une deuxième tasse de café.#

 

Fin du premier dialogue
Propos recueillis par Marion Calviera

 

 

 

 

Thesis Title
« An interdisciplinary study of an aesthetic particularism: the “Split representation in the Art of Asia and America” » by Benjamin Pothier. Director of studies: Professor Roy Ascott

 

 

Crédits :
«Tattoo Planet» Propos recueillis en exclusivité par Marion Calviera
Sciences versus Croyances: Info ou Fake News? Tous droits réservés Benjamin Pothier & Marion Calviera © People Act Magazine 2018

 

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