Paradoxe: éloge de la jungle urbaine

Se regarder en face: la fin du rêve?

Le levé de soleil sur la nouvelle année sera rouge pour l’enfance de l’art…

 

Japon "Malware Factory" © Boris Wilensky.

Malware Factory (Japon), image réalisée par le photographe artistique et photojournaliste, Boris Wilensky, extrait de son ouvrage Hurban Vortex, un conte graphique urbain contemporain.

 

Dans la terminologie militaire de la jungle urbaine contemporaine, l’avant-garde définit «un détachement de pointe chargé de prépa­rer les voies au corps de bataille à qui revient la décision».

 

L’ambiance est lourde, le ciel plus terne. Appliquée au domaine artistique, cette définition de l’avant-garde ne pourrait donc désigner les créateurs mais les précurseurs, en quelque sorte les prématurés. À moins de lui attribuer les inventions capables de substituer aux repères d’hier ceux d’aujourd’hui. Des anticipations, des formes, mais de quels genres? De quelle nature? Dans quelles proportions? Apologie d’une renaissance archaïque, ère gothique, tribalité ancestrale, futuriste, intemporelle, destructrice, guerre sans limite, crashs boursiers mondiaux et Trading Haute Fréquence (THF), terrorisme international en pleine effervescence, avancées militaires fulgurantes par le biais du progrès technologique, tout cela en moins d’un siècle. On dit qu’il faut dix ans à une société pour comprendre, admettre ou désavouer, une innovation puis ses conséquences — engendrées par une approbation commune. J’ai découvert la vidéo Se regarder en face (ci-dessous), il y a plus de six ans. Pâle révélation également que cette pensée résolument nietzschéenne consistant à croire que nos meilleures qualités découlent parfois de ce qu’il y a de pire en nous. Simplicité des mots, réalité des images lointaines paradoxalement très proches, depuis sa diffusion, personne n’est en mesure, fin 2015, de se cacher derrière un masque ou un écran, hors mis les responsables d’un crime contre l’humanité. Partie de poker jadis hautement inflammable désormais gravement enflammée, parfum amer d’une rage au ventre dévastatrice, visible ou impalpable, la donne se mélange et s’emmêle. Entre hésitation, doute, objectivité et déontologie, ne pas paraitre «alarmiste» ou trop «sombre», disons, à moyen terme. Albert Einstein se plaisait à penser qu’«il est plus facile de briser un atome que de briser un préjugé». Comment prêcher le sens contraire dans notre nouvelle jungle urbaine universelle, à l’aube de l’année 2016, au regard de l’actualité? Si l’espoir doit subsister, le déni de réalité n’a définitivement plus sa place dans nos esprits. On peut encore penser que tout était prévisible mais au constat des chocs récents, successifs, des nouveaux dangers, du degré de violence perpétré, des signaux d’alertes émis à la racine même de la vie — à bout de souffle — l’expérience du Monde pourrait nous entrainer cette fois sur une ultime pente, amère et douloureuse.

 

 

Une expérience concrète de la dictature et de la démocratie dans le Monde aurait du permettre de décoder les prémices d’un glissement, les signes d’un danger vers une possible régression des mentalités et des comportements, à l’issue outrageusement dangereuse. Un recul calculé qui pourrait être fatal quant au dessein des générations futures. En cette fin d’année 2015, il flotte dans l’air comme une vision alternative de l’apocalypse, un sentiment général d’insécurité récurrent qui incite chacun à penser que nul ne peut, finalement, échapper à son destin. Avec un mot d’ordre, nous devons poursuivre une guerre techno-bactériologique, sans porter atteinte à la vie. Avec un mot d’ordre, éviter un réchauffement climatique de 2 degrés supplémentaires sur la voie du dépassement. Avec un mot d’ordre, la peur n’exclut pas le danger, le risque zéro en matière de sécurité n’existe pas. Avec un mot d’ordre, aimer son prochain comme soi-même…; traduire: tendre l’autre joue? Comment fermer les yeux, admettre ou justifier, une telle négligence d’un côté du globe ou le manque de compassion palpable à l’autre bout de la rive? Nous devons être conscients de nos créations et réévaluer les conséquences des actes et des pensées que nous matérialisons dans un espace définitivement limité, la Terre. Nous détenons la formule de l’atome et la maitrise de la robotique dans un but: faciliter une progression de la conscience, de l’esprit, du bien-être, non dans un principe d’anéantissement des êtres vivants puis de l’environnement, au motif de quelques privilèges, algorithmes toxiques, virtuels, dieux numériques improbables.Nous sommes liés dans un effort permanent de réajustements multiples, en temps réel, au service urgent d’une nouvelle conscience. Admettons que les effluves d’une amélioration restent, pour l’heure, difficilement décelables. Recherches et créations doivent motiver la poursuite de l’altruisme, cette fois équipé d’une perception contemporaine remodelée, plus flexible face aux affres de la réalité ordinaire. Une notion dont l’inscription ne peut prendre place qu’au cœur d’un Être plus serein, plus mature, en conséquence, plus confiant. L’Homme affronte de grands défis d’adaptation dans un environnement global concrètement hostile pour une durée indéterminée. Les prévisions économiques, scientifiques, philosophiques, religieuses, écologiques, démographiques, politiques, technologiques et sociales, toutes, sans exception, convergent vers la probabilité de grandes perturbations à l’échelle planétaire. La fin du 20e Siècle s’inscrit bien dans l’Histoire comme l’époque d’une nouvelle Vérité: la découverte d’implacables limites en ce qui concerne les capacités de l’Homme à résoudre ses problèmes et le mystère de son équation. De colères en déceptions, de menaces en bouleversements, la Civilisation amorce un virage vers un nouveau cap inconnu. Une course frénétique en quête des origines indicibles de la Création. L’instant impose de prendre conscience de la fragilité de la Matrice collective universelle en tant qu’héritage commun. En premier lieu, il parait opportun de nous reconnaitre, avec indulgence et compassion, une certaine inaptitude, malgré toute la beauté de notre potentiel, à comprendre parfois l’objet ou la destination de notre évolution.

 

Marion Calviera
© PAM 2015

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