E. Macron face aux agriculteurs: « changer les règles du jeu »

Le président Macron à l’épreuve du feu, hier, pendant douze heures, au Salon de l’Agriculture, à Paris, pour affronter la colère et les inquiétudes des agriculteurs français au sujet de leur avenir. La FNSEA réclame des garanties pour faire respecter la loi. Nouvelles promesses politiques et fiscales, « changer les règles du jeu du marché. »

 

Les agriculteurs s’inquiètent d’éventuelles promesses de campagne présidentielle non tenues. Hier, Emmanuel Macron a répondu présent à leur appel. Source photo © Anti-K

 

Emmanuel Macron égal à lui-même, fidèle à son intrépidité, à ses convictions, ainsi qu’à sa verve dynamique, interpellé sur ses engagements de campagne par la jeune génération d’agriculteurs, dès son arrivée. Le chef de l’État s’est engagé à « changer les règles du jeu », grâce à la loi qui sera votée cet été vers un accord de blocage gouvernemental en lien avec une concurrence internationale déloyale, la résolution des problèmes fiscaux via refonte de la fiscalité, une révision du régime social agricole et de l’abaissement des cotisations sociales de sept points. — Sourire aux lèvres. Analyse d’une promesse présidentielle.

 

Douze heures chez les agriculteurs… Record présidentiel battu, hier, par Emmanuel Macron, président des villes, au regard de ses prédécesseurs. Journée « longue », « tendue », « difficile », pour chacun, mais journée passée. Arrivée agitée, échanges dynamiques, pessimisme. Déjeuner plus « convivial », dialogue l’après-midi, puis, départ de l’évènement en fin de journée; tout sourire. Emmanuel Macron a fait du Emmanuel Macron et, pour l’instant, ça fonctionne: « Si on doit faire une modification, on la fera », a déclaré le chef de l’État, visiblement à l’écoute de la colère rugissante des campagnes, notamment dans les zones les plus défavorisées par les subventions de l’UE.

 

En France, à l’heure actuelle, 2 Français sur 3 n’adhèrent pas à la politique agricole économique menée par le nouveau gouvernement. Pugnaces, les scories du passé et des affrontements entre les agriculteurs et la politique ambiguë de François Hollande persistent…

 

Le glyphosate au cœur des tensions

L’Union européenne regroupe 12 millions d’hectares cultivés selon les règles et les méthodes de l’agriculture biologique (7% des terres cultivées). La France, quant à elle, possède 5 % de zones issues de culture biologique. L’inquiétude est palpable, le glyphosateherbicide total foliaire systémique non sélectif absorbé par les feuilles avec action généralisée (autrefois sous brevet) exclusivement Monsanto à partir de 1974 — a été à l’origine d’un échange vivace entre Alexandre Rueche, un céréalier « perdu », en premier lieu, par la tournure de son échange frontal devant la presse avec le président de la République. Arrêt du glyphosate à 3 ans sur ordre du gouvernement, la position convient mais comment trouver les solutions à si court terme sans que cela ne se répercute sur les coûts de production des fermes…? Réponse d’Emmanuel Macron, « aucun rapport n’indique que le glyphosate est innocent. »

Jugé « dangereux à moyennement dangereux », l’idée de maintenir l’herbicide sur le marché plus de trois ans ne séduit pas le nouveau gouvernement. Emmanuel Macron a déclaré refuser une prise de risque à l’égard des consommateurs français et des agriculteurs vers un scandale sanitaire. Cependant les producteurs et éleveurs français redoutent une répercussion de cette décision sur les coûts de production des fermes dans l’Hexagone, en hausse constante. « Moi, j’aurai à répondre de ce que je fais. Demain, après-demain, je vais devoir regarder les Français dans les yeux pour m’expliquer autour du glyphosate…! », a rétorqué le chef de l’État. « Passage en force », d’après le ressentiment du monde agricole. Pour Alexandre Rueche, le président « veut imposer sa vision », avec un aspect « donneur de leçons ». D’autres agriculteurs, plus politiquement modérés, ont salué la capacité d’écoute du président qui a réalisé, selon les observateurs: « la visite qu’il pouvait espérer », en faisant preuve de « lucidité » concernant la passion et la spontanéité de ses échanges. À la différence, par exemple, des débuts de Nicolas Sarkozy parmi la foule peu après son élection, en référence à son désormais tristement célèbre « Cassetoi, pauv’ con !! ».

 

Situation économique « complexe » et concurrence déloyale

Une situation « complexe » pour « une vision faussée », à moyen terme, d’après les agriculteurs. Alexandre Rueche témoigne peu après son altercation avec le président de la République sur le plateau de BFMTV. Les conditions d’une installation pour un jeune agriculteur sont « difficiles », explique alors ce dernier. Car il faut aujourd’hui « des capitaux importants » pour se mettre à son compte, d’où la difficulté d’installation des nouvelles générations; « face à des banques frileuses », selon le céréalier, pour qui les angoisses de la jeunesse agricole sont bien réelles. Lors de sa visite au Salon de l’Agriculture, le président Macron s’est donc engagé a mener une politique fiscale en faveur de l’installation de la jeunesse.

Le Mercosur, marché commun du Sud, communauté économique regroupant les pays d’Amérique du Sud: Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela et Bolivie, ses accords avec l’UE, affaiblit de surcroît la situation économique dangereusement vacillante de l’agriculture en France selon les termes d’une concurrence déloyale, au regard de la majorité de la profession. En réponse à l’angoisse palpable, Emmanuel Macron a répondu mobiliser les forces de ses équipes, depuis neuf mois, en faveur d’une refonte de la fiscalité et de la défense prioritaire des producteurs français, à Bruxelles. Conséquence des termes établis pour les nouvelles conditions d’une entrée de la concurrence étrangère sur le marché européen. « Je ne suis dupe de rien… », a insisté le chef de l’État auprès de l’audience attentive.

 

Des tensions politiquement installées entre l’État et les agriculteurs

« À la moindre occasion, le président nous étrille. Nous sommes en train de crever… », s’indignent dans l’assemblée certains membres de la profession. D’autres huent le passage de l’homme d’État pendant qu’à contrario, certains électeurs félicitent, encouragent, Emmanuel Macron, à l’occasion de longues sessions « selfies ». Si la tonalité des échanges s’est parfois révélée pointue, les limites diplomatiques n’ont pas été franchies. Zéro enfarinage. Les deux camps sont parvenus malgré la pression ambiante à amorcer un nouveau dialogue en vue d’une instauration des promesses et des engagements présidentiels. De l’image du « président des villes » à celle du « président des campagnes », Emmanuel Macron, « président combatif », à répondu à « l’appel du monde rural », ont estimé les témoins de la visite.

Après plusieurs consultations entre le président Hollande, Manuel Valls, et Stéphane Le Foll, un plan d’urgence minima destiné à alléger les difficultés de trésorerie des agriculteurs à court terme, comme échelonner le paiement des charges sociales, patronales, et les impôts des filières les plus fragiles, a été présenté en conseil des ministres au cours de l’été 2015. « La France doit également prendre ses responsabilités à la hauteur de la gravité de la situation. Un plan de soutien de l’élevage est adopté qui comprend des mesures d’urgence et des outils de moyen terme pour les 200 000 éleveurs français mais aussi les centaines de milliers de salariés qui travaillent dans les filières viandes et produits laitiers », mentionnait déjà, à cet effet, le compte rendu du Conseil des ministres du 22 juillet 2015.

 

Marion Calviera © People Act Magazine 2018

 

Money Planet #13 : Agriculteurs, le prix de la colère

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