Conflit Ukraine Russie : la guerre est fini ?

L’armée russe a annoncé vendredi qu’elle souhaitait se retirer à l’est de l’Ukraine, dans la région du Donbass. Un repli qui suscite des interrogations et peut être la fin de la guerre ?

A savoir sur la région du Donbass, où les séparatistes pro-russes ont créé deux républiques, Donetsk et Lougansk, reconnues par Moscou dans cette région industrielle de l’est du territoire de l’Ukraine.

Une annonce à accueillir avec prudence, car l’Ukraine et la Russie sont engagées dans une guerre de communication, a estimé Peer de Jong, ancien colonel du corps des Marines et spécialiste de géopolitique, ce samedi. Avant de préciser :

Ukraine russie

Il faut se méfier des informations qui nous sont proposées car peu de vérifications réelles sont effectuées sur le terrain en Ukraine. La tactique russe est assez inexplicable. Après avoir lancé de la Russie et de la Biélorussie dans tous les sens, elle fait maintenant d’étranges annonces de rétractation. Nous devons être prudents avec ce genre de tactiques.

Cela soulève des questions sur les intentions de Vladimir Poutine concernant ce retrait : un bluff ou une retraite stratégique ?

Se retirer pour réarticuler en Ukraine

Pour Christian Makarian, éditorialiste au Point, ce revirement ressemble à un aveu d’échec, mais il faut être prudent avec les Russes. Première hypothèse, celle du constat effectif d’un recul. Le spécialiste de politique internationale souligne que pour la première fois depuis le 2 mars, la Russie a fourni un bilan de ses pertes, les estimant à 1 351 morts.

C’est une sous-estimation, mais trois fois plus que le chiffre de 498 morts donné début mars en Ukraine. Moscou avoue avoir de plus en plus de pertes, admet la mort de généraux, et semble donc chercher une issue à ce conflit, poursuit-il.

De son côté, Peer de Jong estime qu’il est peu probable que l’armée russe quitte le pays, mais qu’elle pourrait plutôt se retirer pour mieux le bombarder ou pour se réarticuler, étant donné les difficultés qu’elle rencontre dans certaines villes comme Kiev.

C’est également la deuxième hypothèse de Christian Makarian, qui souligne que les soldats se recentrent là où ils ont subi le moins de dommages et de revers. C’est-à-dire vers le Donbass.

Négociations pour annexer le Donbass

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par gavin nugent (@gnugent)

La troisième hypothèse consiste à détourner l’attention du conflit et à lancer des négociations diplomatiques sur la question de l’est de l’Ukraine. Il pourrait s’agir d’une manœuvre pour entamer des négociations et dire que nous nous limitons désormais au Donbass, explique Christian Makarian, spécialiste de politique internationale, avant d’ajouter :

Dans l’Est de l’Ukraine, les Russes sont plus forts qu’ailleurs. Se concentrer sur cette partie du pays n’est pas une concession de la Russie mais un renforcement. C’est en parlant de l’amputation de ces territoires orientaux qu’ils auront de meilleures négociations pour les annexer.

Par ailleurs, entre 2014 et 2022, la Russie a distribué des centaines de milliers de passeports russes aux habitants de Donetsk et de Lougansk russophones ou pro-russes, poursuit l’éditorialiste. Cela fait d’eux des citoyens russes.

La Constitution russe stipule que la Russie peut naturellement et légitimement fournir une assistance aux citoyens russes en exil ou menacés dans les républiques voisines. Elle reconfirme donc que Donetsk et Lougansk ne reviendront plus jamais à l’Ukraine, explique-t-on.

Pas de confiance de la part des Ukrainiens

Toutes ces hypothèses sont évidemment à prendre avec précaution en Ukraine, soulignent les experts. L’ancien colonel Peer de Jong estime qu’il ne reste plus qu’à attendre de voir si la Russie recule vraiment.

A noter que ce n’est pas Vladimir Poutine lui-même qui a fait cette annonce, mais le chef d’état-major adjoint, ce qui ajoute aux mystères entourant cette initiative.

Sur place, les habitants de Kiev nous ont confié qu’ils n’avaient aucune confiance en Vladimir Poutine et dans les négociations qui ont eu lieu ces dernières semaines.

Ukraine

Pour eux, le principe est simplement de gagner du temps. Ce glissement vers le Donbass est également considéré avec suspicion, car cette région était presque déjà aux mains de Moscou. Cette tactique n’a pas de sens pour eux.

Ils préfèrent ne croire que ce qu’ils voient sur le terrain en Ukraine: les bombardements et les frappes se poursuivent sans interruption depuis les annonces de l’armée russe.