Photographie: Clifford Coffin, le «bad boy» de la première heure

Hommage au photographe-portraitiste fétiche de la mode et de la grande presse internationale, l’américain Clifford Coffin (1913-1972), esprit libre et vagabond à la pointe de la « hype » contemporaine. Focus sur le plus grand photographe « perdu » de tous les temps. Par Marion Calviera

 

Modèles portant les maillots Cole of California (1959) © Clifford Coffin

 

Clifford Coffin est reconnu pour ses talents visionnaires en matière de style, de représentation graphique de la féminité, de la mode, de même que pour l’aspect novateur de ses mises en scène et le choix de ses modèles — dont l’actrice américaine Suzy Parker (célébrée de 1947 au début des années 60). Son nom figure au palmarès des artistes notoires ayant apporté une contribution majeure aux campagnes désormais mythiques du magazine Vogue. En effet, ses fonctions, sa participation à l’histoire de la mode et de la photographie couleur relèvent plus, aujourd’hui, d’un sens aigu de la direction artistique que d’un simple shooting photo. L’œuvre de Clifford Coffin fut une réelle source d’inspiration pour des pointures contemporaines telles que David Bailey ou encore Helmut Newton, par exemple. Son style de vie et les séries publiées dans le cadre des collections haute couture réalisées pour Christian Dior témoignent d’un talent certain, autorisant de ce fait l’entrée de la femme, du style et de la photographie, dans un nouvel âge. Glamour, espièglerie, charme, intuition, image graphique  et décalage, engendrent ainsi l’éclosion d’une nouvelle société, alors en pleine effervescence.

 

 

Âme intrépide, dominatrice et torturée…

Sous les feux de la rampe, les acclamations et la reconnaissance après l’envoi spontané de sa candidature et de ses travaux à la rédaction de Vogue, qui répondit favorablement à sa démarche en lançant sa carrière sur un coup de cœur. En coulisses, sa mauvaise réputation le précède : sexe, alcool, drogue, débauche, modèles en larmes (histoire d’atteindre la perfection à l’image), caprices, coups de sang, insubordination face aux rédacteurs en chef  (Glamour, Jardin des Modes…), aux éditeurs ou n’importe lequel de ses employeurs. Adulé, Clifford Coffin est homme libre, à la fois fragile et passionné, qui n’a que faire des conventions. On raconte dans le milieu que l’embaucher ou le fréquenter correspondait à inviter la dépression dans sa maison. « La garce », « le bohémien », « l’excentrique », « le sauvage » ou bien « la sorcière illuminée » — en réponse à son homosexualité affichée —, tels étaient les principaux surnoms attribués au portraitiste, entre autres, de l’écrivain Ernest Hemingway (1899-1961).

 

Victime de ses excès et d’une destinée baignée dans ce que son époque considérait comme une vie de « chaos », le photographe atypique se retira du business au début des années 60 mais reste toujours considéré comme le plus grand photographe « perdu » de tous les temps. Atteint d’un cancer de la gorge, Clifford Coffin vécu les derniers jours de son existence à Pasadena, en Californie, où il décéda à l’âge de 58 ans. En 1997, The National Portrait Gallery, à Londres, lui a consacré une importante rétrospective, The Varnished Truth, regroupant l’ensemble des travaux réalisés pour Vogue entre 1945 et 1955, en tant que pionnier de la nouvelle ère.#

 

Marion Calviera © People Act Magazine 2018

 

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